Nourrir son chien est devenu un vrai choix de praticité, de budget, de conviction. L'offre répond bien à tout cela.
Mais entre le produit brut cru et l'aggloméré de la croquette, ou bien encore le gloubi boulga de la ration ménagère, il y a un monde que peu explorent
et qui mériterait peut-être un peu d'attention. Là où la transformation des aliments est respectueuse des chiens et ne vise pas la praticité ou la rentabilité. Là où se trouve le plaisir : je veux simplement parler de cuisine.
C'est dans la technique qu'il y a peut-être des choses intéressantes à trouver pour enrichir ce que perçoit le chien, pour améliorer l'appétence autrement."
Côté canin, j'ai l'impression qu'on s'est arrêté au label et à la composition. Est-ce que ça suffit ? Probablement sur le plan nutritionnel. Mais nourrir votre chien doit-il se résumer à couvrir ses besoins ?
Il y a fort à parier que le chien ne possède pas nos codes esthétiques — une harmonie de couleurs, une présentation de restaurant, est-ce pertinent pour un chien ? Il avale tout rond, pas de dégustation, peu de diffusion de saveurs dans la bouche. Alors bon, est-ce que ça vaut la peine de se donner du mal derrière les fourneaux ?
Eh bien je dirais que oui. Parce qu'appliquer des transformations culinaires c'est aussi induire tout un tas de transformations chimiques avec pour résultat : des odeurs. Et on sait qu'avec ses 150 à 300 millions de récepteurs olfactifs (contre 6 millions pour nous), le chien perçoit le monde avec les odeurs.
Concrètement, quelques pistes.
La réaction de Maillard produit des centaines de composés aromatiques selon les aliments, les températures, les associations. Pour nous c'est visuel et gustatif. Pour le chien c'est une signature olfactive d'une complexité que nous ne percevons qu'en surface.
La température de service joue aussi. Un plat servi froid diffuse peu. Légèrement tiède, les molécules aromatiques se libèrent, occupent l'espace. Pour le chien c'est la différence entre un plat qui existe et un plat qui arrive avant lui dans la pièce.
Et la structure. Une ration classique c'est tout mélangé, tout diffusé en même temps. La cuisine nous offre d'innombrables possibilités de concentrer, contenir des odeurs puis de les libérer au croc. Je pense simplement à un aliment farci, une papillote, une raviole. Ou encore la libération aromatique dans un bouillon ? Pas de jus qui reste dans la poêle ni eau de cuisson qui finit dans l'évier. Imaginez votre chien manger sa viande et ses légumes en sirotant son bouillon corsé.
Ces approches restent peu explorées dans l'alimentation canine. Elles ne sont pas inadaptées selon moi et je compte bien leur donner du sens.
Cuisiner c'est enrichir le territoire sensoriel de son chien en sublimant les odeurs. Ce n'est pas une alternative à une alimentation équilibrée. Avec un peu de recherche, on peut inclure des gestes culinaires à sa routine quotidienne. En ce qui me concerne, c'est aussi leur dire simplement que je les aime en mettant les petites odeurs dans les grandes de temps en temps.